Les Venir"> Les Pressions Migratories A Venir"> Les Pressions Migratories A Venir">

Les Mouvements de Populations dans le monde

Les Pressions Migratories A Venir

by Kevin F. McCarthy

Research Brief

La dynamique de croissance de la population mondiale diffère radicalement d'une région du globe à l'autre. Dans les pays développés, le taux annuel de la croissance démographique est actuellement inférieur à 0,3% alors que dans le reste du monde, la population augmente presque six fois plus vite. Ces différences démographiques, associées à des disparités économiques de plus en plus importantes, entraînent une augmentation des migrations depuis les pays moins développés vers les pays plus riches. La façon dont les pays développés font face à cet accroissement de la pression migratoire aura un impact majeur sur leur avenir démographique et économique.

Kevin McCarthy, dans son étude documentée intitulée « World population Shifts: Boom or Doom ? » (DB-308, Santa Monica, Californie : RAND, 2001), situe ces tendances démographiques dans le contexte d'un modèle de « transition démographique ». Ce modèle montre à quel point la dynamique actuelle de la croissance démographique diffère de celle des périodes précédentes et laisse présager que le monde va devoir faire face à des pressions migratoires très fortes vers les pays développés. Cette étude examine les possibilités de réponses à ces pressions, souligne les leçons que l'on pourrait tirer du débat aux Etats-Unis (l'un des rares pays développés qui, tout au long de son histoire, a adopté une politique d'accueil des immigrants) et montre à quel point les changements d'attitudes envers la technologie et le développement économique entravent la recherche d'une solution politique appropriée.

La Transition Demographique

Les démographes décrivent l'histoire de l'accroissement de la population en Europe occidentale en fonction d'un processus de « transition démographique » comprenant trois aspects. Tout d'abord, le modèle décrit la façon dont les différents facteurs à la base de la croissance (la natalité et la mortalité notamment) interagissent. En second lieu, il identifie les types de croissance en fonction d'une séquence ordonnée de changements des taux de natalité et de mortalité. Finalement, il suggère comment les migrations affectent l'équation de la croissance (voir diagramme dans la colonne suivante).

Dans ce modèle, l'histoire de la croissance démographique est séparée en quatre étapes, caractérisées en premier lieu par des modifications des taux de natalité et de mortalité.

Modèle de transition démographique

  • Dans la première étape, notre monde s'est caractérisé par des taux de natalité et de mortalité élevés. Le niveau de population fluctue légèrement mais il n'y a pas de croissance régulière.
  • Dans la deuxième étape, qui a commencé en Occident vers les années 1800, les taux de natalité restent réguliers mais les taux de mortalité commence à décroître en raison des progrès scientifiques qui ont réduit le nombre des victimes de maladies infectieuses, qui étaient la principale cause de décès dans les pays à forte mortalité. La population commence alors à s'accroître.
  • Dans la troisième étape, la baisse continue du taux de mortalité s'accompagne d'un effondrement du taux de natalité. En raison de la baisse du taux de mortalité infantile, le nombre d'enfants nécessaires pour former une famille diminue. De ce fait, le taux de fertilité s'effondre mais la population continue à augmenter parce que le nombre de naissances dans une société est basé, non seulement sur le nombre d'enfants que chaque femme porte, mais également sur le nombre de femmes en âge de procréer. En raison d'une part disproportionnée d'hommes et de femmes en âge de procréer, la population augmente bien après que le taux de fertilité a baissé.
  • Dans la quatrième étape, situation caractéristique du monde développé d'aujourd'hui, il existe un équilibre approximatif entre les naissances et les décès. En conséquence, la population s'accroît très lentement, ou pas du tout. Une fois que cet équilibre, caractérisé par une faible natalité et une faible mortalité, est atteint, l'immigration devient la seule force vivace capable d'augmenter de manière significative la population.

L'équilibre entre les naissances et les décès dans l'étape 4 engendre un certain nombre de changements comportementaux sous-jacents. On observe de plus en plus un changement des comportements démographiques : les circonstances de la vie sont de moins en moins perçues de manière fataliste (comme un coup du sort) mais plutôt comme une conséquence du libre arbitre. Ce changement permet aux individus de choisir le nombre d'enfants qu'ils veulent avoir, le style de vie qu'ils souhaitent mener et l'endroit où ils désirent vivre. Les parents ne cherchent plus forcément à avoir un grand nombre d'enfants mais préfèrent plutôt avoir peu d'enfants bien instruits. Ainsi, la taille des familles décroît. La maternité est aujourd'hui perçue comme un obstacle à l'accomplissement de soi, et un nombre important de couples s'abstiennent même d'avoir des enfants.

Alors que ce modèle est fondé sur l'expérience des pays d'Europe occidentale, il nous fournit également un point de départ utile pour la compréhension des modèles généraux de croissance démographique dans le reste du monde. En fait, la seule différence majeure entre le schéma des pays développés et celui des autres pays moins développés réside dans le rythme de décroissance de la mortalité. En Occident, cette baisse - et l'effondrement de la fertilité qui en découle - sont étroitement liés aux progrès qui se sont développés pendant une centaine d'années ; et vu que ces diminutions ont été graduelles, le rythme de croissance démographique a aussi été progressif. Alors que dans les pays en développement, la mortalité a baissé brutalement avec l'apparition subite des techniques médicales et l'amélioration des conditions d'hygiène. De ce fait, le rythme de croissance démographique dans ces pays a été beaucoup plus rapide.

En identifiant les mécanismes de ces changements démographiques, ce modèle nous fournit un point de repère pour déterminer où en sont les pays aujourd'hui et quel avenir se profile à l'horizon. Le modèle fournit également les bases pour comprendre le rôle que l'immigration peut jouer dans la transition, une fois atteint l'équilibre faible mortalité/faible natalité.

Les Schemas De Croissance Demographique Pour L'avenir

Durant le prochain quart de siècle, les régions situées dans les toutes premières étapes de la transition démographique vont générer une part disproportionnée de la croissance démographique mondiale. L'Afrique noire, malgré un taux de mortalité élevé, est la région du monde où la population augmente le plus vite, et presque 60% de cette population vit dans des pays qui sont soit dans l'étape 1, soit dans l'étape 2. Le Moyen-Orient, la deuxième région où la croissance démographique est la plus élevée, est légèrement plus avancé dans la transition que ne l'est l'Afrique. L'Asie présente un schéma à deux vitesses : environ la moitié de la population asiatique vit dans des pays qui ont atteint l'étape 4 ; mais l'autre moitié vit dans des pays situés dans les premières étapes.

L'Amérique latine est déjà largement engagée dans l'étape 3. Les taux de fertilité ont diminué considérablement mais la jeunesse de la population engendre encore une croissance démographique importante. Toutefois, les changements comportementaux nécessaires pour rentrer dans l'étape 4 sont déjà largement observables. Ce qui nous laisse présager que la région entrera dans l'étape finale dans les années qui viennent.

L'Amérique du Nord et l'Europe sont actuellement ancrés dans l'étape 4. Leurs taux de fertilité, stables ou déficitaires, n'assurent pas le renouvellement de leurs populations, mais leurs perspectives démographiques divergent en raison d'une approche différente des politiques d'immigration. L'Amérique du Nord connaît encore un accroissement démographique, grâce à l'immigration, alors que les pays d'Europe occidentale, qui ont adopté des mesures très restrictives face à l'immigration, voient leur population décliner.

Les Pressions Migratoires Vers Les Pays Developpes

La persistance de faibles taux de fertilité dans les pays développés engendre un vieillissement rapide de la population. Vers 2025, l'âge moyen de la population américaine sera passé de 34 à 43 ans. En Allemagne, il passera de 39 à 50 ans, un quart de la population allemande aura plus de 65 ans et le nombre d'entrées dans la population active va diminuer d'un tiers. Ce phénomène soulève des questions cruciales : comment les sociétés vont-elles supporter cette augmentation du nombre de personnes âgées et cette diminution du nombre de jeunes entrant dans la vie active ? Où va-t-on trouver les jeunes qui assureront le renouveau de la population active ?

L'ouverture des frontières aux immigrants venus de pays où la croissance démographique est rapide fait partie des solutions que les pays développés devraient envisager. Pour l'instant, ces pressions migratoires sont contenues, car une poignée de pays développés seulement accepte les immigrants en nombre importants. Plusieurs pays européens tolèrent un petit nombre de réfugiés pour des raisons humanitaires mais limitent l'entrée pour les autres immigrants. Le Japon, qui doit faire face à la perspective de perdre un quart de sa population dans les vingt-cinq prochaines années, accepte pour sa part de faire rentrer quelques immigrants.

Si ces pays décident que leur avenir démographique et économique dépend de l'adoption de politiques d'immigration plus tolérantes, ils devront choisir entre plusieurs options. Parmi celles-ci, on distingue les programmes pour les nouveaux travailleurs immigrés et les conventions régionales d'immigration, comparables à des accords commerciaux qui autoriseraient des flux réciproques de biens et de personnes à travers certaines frontières. Mais quelles que soient les éventuelles décisions politiques envisagées, celles-ci vont probablement provoquer un mouvement d'opposition de la part d'une grande partie de l'électorat.

En Europe, par exemple, tout relâchement des politiques d'immigration implique une réponse multilatérale et un abandon de la souveraineté par un seul des membres serait contrecarré sur la base de la souveraineté nationale des autres. De plus, à la différence des Etats Unis, la citoyenneté est basée sur la race (l'appartenance à une ethnie) plutôt que sur le pays de naissance (l'origine). Les pays européens présentent une homogénéité ethnique et l'immigration y est perçue comme une menace pour l'identité nationale. Les autres sources d'opposition à l'immigration sont liées à la crainte que les immigrants prennent le travail des autochtones et à la peur de l'insécurité que pourrait engendrer l'afflux d'un grand nombre d'immigrants dans un pays.

Le Debat Sur L'immigration Aux Etats Unis

Vu la complexité de ces thèmes et le fait que la plupart des pays développés n'ont aucun antécédent historique en matière d'immigration, il est très intéressant d'étudier le débat sur la politique d'immigration aux Etats Unis, où les immigrants sont actuellement à l'origine (directement et indirectement) des deux tiers de la croissance démographique. Le débat y est centré autour de trois questions essentielles de politique générale : combien d'immigrés faut-il laisser entrer ? Qui accepter ? Sous quelles conditions doit-on les accepter ? Et ce débat se focalise sur les effets économiques et sociaux de l'immigration.

Une question importante concerne les effets de répartition de l'immigration, à savoir, qui perd et qui gagne. Généralement, les gagnants sont les employeurs qui embauchent des immigrés et les consommateurs des services fournis par les immigrés. Les perdants sont ceux que les immigrés concurrencer sur le marché du travail.

Une question similaire a trait aux effets de l'immigration sur le secteur public : les immigrés contribuent-ils plus à remplir les caisses de l'Etat qu'à profiter de ses services ? Une autre question se rapporte à l'intégration et à l'assimilation des immigrés dans l'économie et dans la société américaine.

Plusieurs études montrent que l'immigration coûte cher mais qu'elle est également une source de bénéfices, en fonction du niveau de compétence des immigrés et de la santé de l'économie. Cependant, le débat public sur ces effets est loin d'être facilité par les groupes de pression qui s'expriment sur tous les aspects possibles et imaginables des problèmes en question et empêchent de distinguer clairement les intérêts publics des intérêts privés.

La Croissance Et Les Changements Technologiques : Deux Facteurs Imprevisibles

Les réactions qui se développent vis à vis des changements technologiques et de la croissance économique et démographique exacerbent les débats publics sur l'immigration.

L'un de ces points de vue insiste sur les effets des avancées technologiques sur l'environnement et remet en question un principe communément admis selon lequel les progrès technologiques sont bénéfiques : ceux qui adhèrent à cette thèse suggèrent que les innovations technologiques, poussées par la nécessité de faire face à la croissance démographique, pourraient bien provoquer plus de dégâts qu'elles n'entraîneront de progrès.

Une opinion similaire soutient que la croissance démographique et le développement économique devraient être refusés parce que la dégradation de l'environnement qui en résulte est un prix trop cher à payer.

Ces attitudes émergentes sont des facteurs imprévisibles parce que l'on ne sait pas clairement quel impact elles auront sur le débat sur l'immigration. Mais si, en fin de compte, les changements technologiques étaient perçus comme un problème plutôt que comme une solution, et si la croissance démographique était de plus en plus ressentie comme une menace pour l'environnement, l'Occident serait beaucoup plus hésitant à accepter l'immigration.

Au-Dela Des Donnees Demographiques

L'évolution qui pousse de plus en plus le monde développé à admettre les immigrants pose un problème difficile à résoudre. Les questions soulevées vont bien au-delà des simples données démographiques. Finalement, le débat poussera les Etats Unis et les autres pays occidentaux à aborder des questions essentielles, comme le fait de savoir à quoi leurs sociétés attribuent le plus de valeur. En outre, étant donné l'interdépendance mondiale qui se développe de nos jours, ni les Etats Unis, ni les autres pays développés ne pourront résoudre le problème de l'immigration de manière unilatérale. Au total, parce que les réalités sociales et économiques changent très vite, il serait plus indiqué de promouvoir une plus grande flexibilité des politiques d'immigration, pour permettre de s'adapter aux changements de situations.

Mais pour l'instant, l'opinion publique reste peu ou mal informée sur tous les aspects de l'immigration. Les dirigeants doivent donc cadrer le sujet et clarifier ses avantages et ses inconvénients de manière à ce que l'opinion publique, alors éclairée, puisse mener à son terme un processus politique qui, finalement, s'avérera utile.

This report is part of the RAND Corporation research brief series. RAND research briefs present policy-oriented summaries of individual published, peer-reviewed documents or of a body of published work.

The RAND Corporation is a nonprofit institution that helps improve policy and decisionmaking through research and analysis. RAND's publications do not necessarily reflect the opinions of its research clients and sponsors.